La migration clandestine des jeunes Marocains sous l’objectif de la photographe

AU MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL

In memoriam LEILA ALAOUI : NO PASARA

17 janvier – 30 avril 2017

Centre des arts graphiques Pavillon Jean-Noël Desmarais – niveau S2

Montréal, le 16 janvier 2017 – Le Musée des beaux-arts de Montréal présente une exposition de la photographe et vidéaste franco-marocaine Leila Alaoui (1982-2016) consacrée à sa série « No Pasara ». Le titre signifie « Vous ne passerez pas» (en référence au célèbre slogan antifasciste pendant la guerre civile espagnole « No Pasarán » [Ils ne passeront pas]). Cette série de 24 images a été commandée par l’Union européenne en 2008. Elle présente de jeunes Marocains rêvant d’un eldorado de l’autre côté de la Méditerranée.

Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef, explique son choix : « Après avoir exposé et acquis des œuvres de talentueuses photographes contemporaines marocaines lors de notre récente exposition sur l’orientalisme en 2015, j’avais pu découvrir le travail de Leila Alaoui. Il y a tout juste un an, son actualité s’est doublement invitée à mon souvenir avec l’attentat de Ouagadougou où elle décéda, parmi 30 victimes dont 6 humanitaires québécois. 

Capture d’écran 2017-01-17 à 15.06.42

Et sans oublier le désespoir persistant des migrants en Méditerranée qui s’est rappelé à nous chaque jour. Maroc et Burkina Faso, ces deux pays sont proches de mon histoire, et de la nôtre aujourd’hui. Je voulais que nous rendions hommage à cette artiste rayonnante d’une scène africaine émergente. Silence des visages, éloquence des paysages, Alaoui signe une œuvre mémorielle, empathique et respectueuse : son in memoriam engagé. À nous de porter son message. En sa mémoire et celle des victimes. »

Première présentation canadienne, elle prend l’affiche un an après le décès de cette « figure rayonnante de la jeune photographie » (Le Monde, 19.01.16). L’artiste émergente a succombé à de multiples blessures subies lors de l’attentat perpétré par Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) à Ouagadougou, au Burkina Faso, le 15 janvier 2016. Rappelons que l’attentat avait fait 30 morts, dont 6 Québécois. Alaoui s’y trouvait pour réaliser un reportage sur les droits des femmes, dans le cadre d’une mission photographique pour Amnistie internationale. Après Montréal, l’exposition rejoindra New York où elle sera présentée du 5 au 7 mai 2017 lors de l’évènement 1:54 Contemporary African Art Fair.

No Pasara

C’est la première fois que ce corpus photographique est présenté en entier. Cette édition de 5 et deux épreuves d’artistes (impressions au jet d’encre) est datée de 2008. Au départ, la photographe refuse de vendre les photographies de ce corpus pour des raisons éthiques. Aujourd’hui, une partie des ventes est versée aux migrants photographiés.

Alaoui démontre son engagement humanitaire et son sens de l’altérité. Elle se déplace de Béni Mellal, au centre du pays, jusqu’aux villes portuaires de Nador et Tanger où elle se familiarise avec la migration clandestine. Telle une ethnographe, elle se fait observatrice et est à l’écoute de ses sujets avant d’immortaliser leurs états d’âme dans cet essai photographique. Déterminée à comprendre cette nécessité de quitter le pays natal, elle expérimente même le trajet en barque avec trois harraga (brûleurs de frontière) qui ont échoué leur traversée.

Diane Charbonneau,

: « Qu’elles soient en noir et blanc ou en couleur, les photographies de Leila Alaoui sont des plus touchantes. L’artiste a su capturer l'état d'âme des jeunes Marocains photographiés qu'elle nous livre avec une empathie esthétique assumée. Elle nous amène ainsi à

réfléchir sur leurs conditions sociales sans détour. »

Alaoui capture l’essence d’une jeunesse désespérée grâce à une esthétique riche : la mer s’insinue dans ses compositions soignées, mais aussi la pauvreté et l’aridité des lieux visités. Assis, couchés ou debout, les jeunes sont représentés souvent pensifs, le regard vers l’ailleurs ou tournent simplement le dos, métaphores de l’inaccessible. D’autres portent des chandails aux inscriptions exotiques : France, España et Andalucía.

conservatrice des arts décoratifs modernes et contemporains et de la

photographie, commente

L’œuvre de la photographe et vidéaste franco-marocaine Leila Alaoui résulte de son observation du monde à partir d’une démarche critique. Elle partage ce processus créatif avec plusieurs femmes photographes d’origine arabe interpellées par des questions d’identité et de représentation visuelle. Alaoui s’exprime par le portrait et l’essai photographique ou vidéographique documentaire pour explorer la diversité culturelle et la migration en Méditerranée.

Biographie :

Née à Paris en 1982, Leila Alaoui est issue d’une famille franco- marocaine sensible à la création artistique : sa mère est une photographe française – amie de Serge Lutens et Yves Saint Laurent –, et son père Abdelaziz, un homme d’affaires marocain. Leila passe une partie de sa jeunesse à Marrakech avant de se rendre à New York en 2000 pour y étudier la photographie, mais aussi le film documentaire et les sciences humaines à la City University of New York (CUNY). Elle consolide son apprentissage au cinéma auprès de Spike Lee et Morgan Harris, mais aussi de Shirin Neshat. Dans les studios photographiques de John M. Hall,

Serge Lutens et Maripol, l’artiste peaufine sa technique et ses compositions pour développer sa démarche singulière aux confins de l’art et du documentaire. En 2008, elle retourne au Maroc pour y faire carrière, partageant son temps entre Marrakech, Beyrouth et Paris. Elle conçoit plusieurs projets en studio ou sur le terrain, et se permet même de combiner les deux approches avec la série « Les Marocains » réalisée en 2015 dans le Maroc rural, avec son équipement qu’elle transporte et installe, très souvent dans un emplacement loué au souk.

Son travail est exposé internationalement depuis 2009 (Art Dubai, l’Institut du monde arabe et la Maison européenne de la photographie à Paris). Ses œuvres se retrouvent dans des collections au Qatar Museum (Doha), Ayyam Gallery (Beyrouth), Société Générale (Paris), La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) (Casablanca), Agnes B (Paris) et Sultan Gallery (Sabhan).

Crédits et remerciements

L’exposition a été organisée par le MBAM avec l’aimable concours de la Fondation Leila Alaoui, Marrakech (Maroc); Galleria Continua, San Gimignano (Italie), Beijing (Chine), Les Moulins (France) et La Havane (Cuba); ainsi que VOICE Gallerie, Marrakech (Maroc). Nous tenons à remercier Youssef Fichtali pour sa contribution à la réalisation de l’exposition ainsi que BMO Groupe financier, le Cercle Forces Femmes du Musée et Air Canada pour leur soutien.


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